L'affaire Pelicot n'a rien changé - Interview d'Hugo Meunier

L'affaire Pelicot n'a rien changé - Interview d'Hugo Meunier

Nova le matin • 26/01/2026 • 13:36

Pour Radio Nova Ségo a reçu Hugo Meunier, journaliste québecois pour parler de son enquête " 100 hommes prêts à coucher avec une femme endormie". Mise en image par Cloé Giroux pour Urbania, on y suit le piège journalistique qu'a tendu Hugo Meunier sur un site libertain québécois, en postant une annonce similaire à celle de Dominique Pelicot, qui invitait des inconnus à venir violer sa femme endormie car droguée.
Il raconte cette expérience au micro de Ségo Raffaitin.

Transcription

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Armonie Mutuelle avant son collectif.
On est avec Hugo Menier, bonjour.
Oui bonjour.
Vous êtes journaliste et un an après le procès Pélico, l'affaire de Mazan,
dans laquelle, je rappelle, Dominique Pélico avait pendant des années drogué sa femme à son insu
et l'avait livrée à une cinquantaine d'hommes en total.
Vous avez réalisé cette enquête qui s'appelle 100 Hommes Prêts à coucher avec une femme endormie pour Urbania.
Déjà comment, est-ce que vous avez eu cette idée de vous dire,
on va essayer de poster un message à la Dominique Pélico sur un site en 2025 et voir ce que ça fait ?
Voilà, c'est que, dans le fond, il y a eu le rayonnement médiatique.
Ici, j'imagine, ça devait être infernal.
Mais chez nous aussi, c'était un feuilleton quand même quotidien que les gens suivaient.
Les médias ont vraiment allumé sur ce procès-là.
Et dans ma grande naïveté, je me disais que ça allait faire probablement un effet de minot.
Donc, l'effet Pélico allait sensibiliser les gens et tout.
Mais je me suis dit à tout hasard pendant le procès.
Et j'ai été marqué par une déclaration, Caroline Darien,
qui est la fille de Gisèle Pélico, à la sortie du spellet justice,
qui avait dit, j'ai l'impression que ce procès, c'est l'arme qui cache la forêt.
Et c'est d'une phrase qui m'a marqué.
Et je me suis demandé si, à tout hasard, je faisais sensiblement la même annonce
que Dominique Pélico allait faire sur le site Coco ici.
Dans une version moins trash au Québec, on a un site un peu plus libertin,
grand public, donc de mettre sensiblement le même message à la québécoise.
Mais évidemment, Dominique Pélico invité pas aux viols.
Il proposait ça comme un fantasme.
Donc d'à peu près utiliser le même phrase.
Et en me disant que ça ne fonctionnera pas,
parce qu'on a tellement entendu parler de l'affaire Pélico.
Mais malheureusement, ça a très bien fonctionné.
Ça a fonctionné, oui.
Racontez-nous d'avoir cette enquête.
Donc vous l'avez postée sur un site que l'égale,
un site de libertinale.
C'est un site, oui. Ça s'appelle JALF.
C'est des milliers de personnes. C'est un site local.
C'est vraiment des couples un peu qui veulent mettre un peu de piquant.
C'est beaucoup ça qu'on retrouve là-dessus.
C'était correct.
Donc voilà.
Et donc vous mettez une annonce qui ressemble à...
Vous avez repris les codes de celles que postait Dominique Pélico?
J'ai pris la même phrase.
En fait, lui il disait, venez,
si ça vous tente de baiser avec ma femme endormie,
avec un emoji, je pense,
et un cocaine.
J'ai fait exactement la même chose.
Mais j'avais un site, donc j'ai créé un site.
On a créé un site avec une photo,
avec l'intelligence artificielle.
On a pris une femme,
d'un certain âge parce qu'on voulait aussi être à coeur
avec ce qui s'est passé ici.
Donc mettons dans la cinquantaine, rien de suggestif.
On ne voulait pas non plus troller.
Et...
Et vous avez eu des réponses rapidement?
J'ai posté ça un dimanche après-midi.
Un peu le lendemain de veille.
On m'attendait absolument rien.
Et en disant, demain, on fera le pont.
Moi, la réelle, le clouet.
Puis on verra ce que ça donne.
Puis si on reçoit trois à quatre messages,
on ne fait rien avec ça.
Et en publiant l'annonce, je pense que
dans les minutes, j'en avais comme une dizaine.
Et j'ai appelé la réelle
clouée pour lui demander qu'est-ce que je fais.
Elle me dit, bon, je prends une réaction à chaud.
Et je pense que dans toute ma carrière,
c'est la réaction la chaud la plus authentique
que j'ai fait de ma vie parce que j'étais vraiment sous le cul.
Pendant que je faisais ma réaction,
les appels continuaient, les messages
continuaient à rentrer et c'était vraiment très explicite.
C'était des photos, des vidéos.
Et surtout, des gens très pressés
de ce point-t-là.
Le carrémas, c'était comme, c'est quoi l'adresse ?
Je veux venir maintenant, est-ce qu'elle dort ?
C'est fait que j'ai été submergé
de messages. C'est bien que j'en ai eu
à peu près 105 en 48 ans.
105 qui étaient donc prêts à se déplacer
quoi, après-avenir ?
Les seuls qui ont abandonné le projet,
c'est parce que je n'étais pas assez rapide
pour mettre l'exécution de leur fantasme.
Et donc au bout de 105, vous avez
supprimé l'annonce ? Vous avez laissé
pour voir jusqu'où ça pouvait aller ?
Oui, mon plan, c'était de les confronter.
Vous, de simuler, de bon, on va se donner
rendez-vous dans un parc, puis après ça, on va monter
à l'appartement. Moi, je voulais comprendre pourquoi.
Vous m'avez discuté avec eux ?
Oui, je m'attendais, tu sais, ça aurait été
le classique entrevue où la personne serait
partie à courir, mais si j'avais pu
asseoir une personne en échange de l'anonymat
pour juste voir, tu sais, honnêtement
pourquoi. Ça me
rende pas dans la tête qu'est-ce qui peut exister
là-dedans, puis à moins que ça soit
organisé, consentant, puis encore là,
tu sais, je pense que le fantasme, le dos large,
je comprends pas le
ce qui peut être existant dans,
c'est-à-dire dans le fond, c'est un symbole
de totale soumission, quelqu'un qui est inerte.
Mais bref, au-delà de
si c'est fait de manière consentante,
c'est pas à moins de juger, mais là, je voulais
juste voir dans l'optique où c'est une transaction
qui a été faite seulement avec moi, où la
femme n'est jamais interpellée, rien.
À quel moment, tu sais, tu n'as pas,
il n'y a aucune cloche qui s'est sonnée
dans le temps avant de te pointer aujourd'hui
dans le parc prêt à monter.
Et vous vous êtes allés jusqu'à cette
confrontation, jusqu'à ces rendez-vous ?
J'ai eu des échanges au téléphone, donc on a eu
ce moment-là où j'en rajoutais
une couche dans le feu. J'ai
exactement les arguments avec Dominique
Pilico, les consignes qui donnaient aux
agresseurs ici à Amazan, donc
les mains température pièce,
il ne fume pas de clope, pas de parfum, donc
je fais exprès pour prendre exactement les mêmes
contraintes, les mêmes consignes que lui, pour que
dans l'espoir, que peut-être les gens vont faire
« on a vu ça dans les médias, ça me
est absolument pas ». Donc
après coup, j'avais donné rendez-vous
à un gars, et là je pense
qu'il s'est senti un peu, il s'est senti
la soupe chaude parce que le matin
même il m'a fait « non, je le sens pas ».
Et vous avez un peu pu
repérer qui étaient ces hommes, ou c'était
des profils vraiment anonymes ?
C'était avec des avatars dont tu peux imaginer
Big Dick machin, donc c'était
difficile, mais c'était un
échantillonnage qui pourrait être assez raccord
avec ce que vous avez vu ici à Amazan, avec
je veux dire, j'avais des veintenaires
avec des visages poupins et des
bonhommes de 70,
des salariés, des donnettes paires
de famille, c'était un éventail assez
large, si bien qu'ils m'en voyaient, j'étais
surpris de voir à quel point ils m'ont envoyé
des photos pas juste de leur partie intime, mais
de leur visage, et tu sais, fait que j'ai
pu avoir une perspective quand même,
je vois que c'est un échantillonnage
de la population.
Justement, vous vous dites que vous,
il y a quelque chose de très, très antime
par d'un questionnement intime et que votre
questionnement intime vous poussez aussi à
désirer la confrontation et de comprendre
ces hommes, qu'est-ce que ça vous a fait
intimement d'être mis face à ça en tant
comme dans la société aussi ?
Moi j'ai 47 ans avec des billets de mon
arge, donc j'ai jamais été
catcalé sur la rue, j'ai jamais été
agressé, donc je vis dans un monde
licorne par rapport à ça, j'avais
peut-être minimisé le fait que toutes
les femmes ont vécu des situations
même minimes dans des bars des
collants, donc je pense que j'ai
grandissé avec la naïveté
qu'au Québec on est chanceurs, on est
presque un safe space,
c'est très progressiste, très féministe.
Il y a cette idée du Québec qui sera
en avance sur les sujets des VSS mais
de l'égalité hommes-femmes généralement.
Vraiment, j'ai une fille de 13 ans et
je me dis qu'elle chance de vivre au Québec
mais finalement c'est un peu ça que
moi j'ai vécu et pour le faire avec
une collègue de 26 ans,
elle va me détester, elle a 24 ans
donc euh, je vous le dirais,
je me dis que je me disais, la
c'est pas la première fois que je
suis connu, c'est ça.
Donc elle me disait que c'était
pas le cas, mais bah, elle peut
venir et elle a du petit laIT
et elle a du petit pouls,
elle a plus de frais que tout.
On a des soucis, mais le
c'est pas la première fois que
je me dizzy à la tige,
c'est pas la première fois que je
suis connu, c'est bien dit.
pas mal de tout, toi aussi probablement, et dans des micro-détails, donc je pense que
je pense que j'ai un peu échappé mais il y a trop de choses par rapport à tout ça.
Et alors ça c'est au Québec et en France, je ne sais pas si vous avez vu passer ça,
mais hier justement il y a MCCR, TL, qu'on publie les résultats d'une expérience vraiment similaire,
ils ont fait plus ou moins quelque chose de similaire, les journalistes ont publié donc trois annonces,
sur pareil ici des sites libertin legaux qu'on a en France, d'un homme de 63 ans qui propose à
des inconnus d'abuser de sa femme endormie, donc eux moins de 48 heures il y avait dix hommes
prêts à passer à l'acte, donc la leçon c'est que ce soit en France ou ailleurs.
Je suis content que vous posiez la question parce que j'ai vu le truc de la M6 et je me suis demandé
s'il était déjà un peu là-dessus de leur côté aussi parce que c'est un peu la même chose
qu'on fait avec la photo par l'intelligence artificielle.
Exactement, ils ont aussi posté une photo de l'annonce qui était une femme endormie.
C'est tant mieux que s'ils n'ont pas copié parce que j'ai vu la même chose,
je sais pas si ça a été fait avant-coup, mais dans tous les cas on n'est pas à la flagarnerie,
c'est plus tant mieux si ces initiatives là se font puis que ça permet sensibiliser.
Par contre je suis quand même cynique par rapport à ce qu'on va influencer parce qu'un procès
comme Pélico qui est tellement fait de bruit et le succès de ces annonces-là puis l'initiative
de M6, je me dis bon ben peut-être qu'on se parle entre nous dans des champs de déco,
peut-être qu'on se sensibilise des sensibilisés.
Oui c'est ça, c'est ça qu'on se demande, c'est comment est-ce qu'avec un procès qui a
fait le tour du monde, les grands titres Pélico qui est une icône maintenant,
je disais le Pélico, si on n'a pas réussi à sensibiliser avec ça, enfin comment on fait,
est-ce que ça passerait peut-être aussi par, je me dis, cette annonce qui est restée,
c'est-à-dire qu'il n'y a pas de filtrage sur les sites libertains, est-ce que ça pourrait
être aussi plus de vigilance ? Oui assourir, mais ça passerait,
quoi c'est là, c'est la haute philosophie mais ça passerait par une refonte complète
peut-être de l'éducation, de voir notre système, peut-être qu'on grandit
encore dans des stéréotypes très gérés, on apprend des petits gars, des petits gars,
avec des petites filles, peut-être qu'il y a ça à repenser aussi, c'est-à-dire,
au moment où on se parle les publicités au Québec, c'est encore, les gars un peu
adulescent, un peu imbécile, qui veulent sortir avec les potes, boire de la bière,
avec la blonde castrante qui les empêche, puis tu sais, c'est encore ça les scénarios
dans nos pubs, donc on grandit peut-être avec un système qui fait en sorte que les
gars se sentent éjectés, puis ils ont de l'embarquer dans ce train de la modernité
là, puis à un moment donné, ça crée de la frustration, puis ces gars-là sont
prêts à tout, probablement pour avoir un peu de contrôle, jusqu'à coucher ou violer
une femme qui dort. Oui, et de diffuser ce fantasme de la, on appelle ça la
somnophilie, la somnophilie, qui est quand même en fantasme questionnable,
qu'est-ce qui veut dire de nous que ce fantasme existe, qu'est-ce qui veut dire
de notre manière de faire société, quoi ? Vraiment, ben on a justement un expert
dans notre enquête qui disait que peut-être aussi que c'est un dérapé
de la porno est rendue assez banale, tu sais, si tu baignes dans une société de porno
depuis des années, peut-être que le conventionnel, tu sais, la soccer mom ou
je sais pas quoi, on est passé ailleurs, donc peut-être qu'on veut avoir
quelque chose de plus corsé, un kink, on veut repousser l'interdit, puis là,
ben on est rendu au bout ou une femme qui dort, ça devient la potéose du
fantasme pour une frange de gars. Et donc pour justement comprendre
les résultats de cette enquête, enfin, pour comprendre ce qui s'était passé,
vous avez fait appel à des experts-expertes ? Oui.
Vous avez discuté avec eux avec eux ? Oui, parce que ça mettait un peu de
chair après l'os, puis ça permettait de valider qu'on avait
quelque chose de bon, qu'avait évidemment la fille de
Gisèle Pelico, qu'il y a elle-même un organisme qui s'appelle
Mont d'Ortu, donc c'est une réalité, je veux dire, l'après-mitte où il y a
plein de cas maintenant, de gens qui se font droguer à leur insu dans
des bars, même récemment dans des festivals au Québec,
je sais qu'on a vu ça en France aussi, des gens qui se font piquer par
des seins. Donc c'est, moi, les broms tombent quand je pense à
l'après-mitte où, l'après-pélico, pourquoi ces messages-là
se rendent pas ? Donc ces experts-là sont venus appuyer un peu
notre enquête et aussi devenue renforcée le fait que ça
y a rien de sain là-dedans, parce que évidemment ces gars-là,
puis même au procès pelico, on l'a vu, ces gars-là se
défendant, disant, c'est un fantasme, je pensais qu'il y avait
consentement, mais il y a consentement quand on demande le
consentement, mais dans les cas, dans nos 105 personnes, il y a
trois personnes qui ont demandé le consentement, et il y a une
personne qui a fait référence à l'affaire pelico, et je pense
qu'ils l'ont mal cadrée, c'était comme, oui, c'est pas ça,
en Grande-Bretagne, avec l'affaire pelico, fait que c'était
tout croche. Donc c'est la seule mention, et sinon, le
consentement, c'est arrivé trois fois que des gens le
demandaient, est-ce qu'il y a tout courant, est-ce qu'il y a
consentant ? Alors que quelque chose de sain, et je me déguimais
parce que je pense, je ne change pas d'idée sur le fait que
je trouve ça tordu comme fantasme, quelque chose de
sain aurait été que la femme soit en viséo, il y a une
rencontre avant, quelque chose de, oui, c'est correct, je vais
faire assemblant de dormir, pas de problème, tu peux rentrer,
puis d'aller jusque-là, mais là, les gars qui m'écrivaient,
c'était plus, est-ce que je peux aller jusque-là, est-ce
que je peux aller jusque-là ? Et qu'est-ce qui arrive,
si elle se réveille, là, je disais, elle ne se réveillera
pas, je m'organise pour qu'elle ne se réveille pas.
Ce qui est, est-ce que Dominique Pelico assurait ?
Actuellement, quelqu'un d'un peu bien fait, ça va,
il sonne une cloche, il va faire, ok, elle se réveille pas
parce que, mais, c'était, les autres qui étaient
excitants, c'était aussi la course au premier, ça,
ça me surprit aussi, mais tous ces gars-là voulaient
que les premiers à le faire parce que je l'ai vendu
comme un nouveau fantasme de couple, donc il y avait
aussi la surenchard d'être le premier à le faire.
Oui, il y avait vraiment ce truc d'objectification,
c'est ma femme est mon objet, et vous voulez être
le premier à utiliser mon objet, quoi.
Oui, et puis là, vous êtes dans une émission
matinale, mais les fantasmes des gosses,
c'est pire qu'on pense, là, tu sais.
Il n'y avait pas de limite dans ce qu'il voulait faire.
Vous ressortez un peu choquée ?
Oui, très choquée.
Oui, un peu, genre, il va vouloir un sas de...
Je pense que je préfère, j'ai l'impression
que je ferai la même enquête à Mazan
encore la semaine prochaine, puis je vais
réussir à recruter du monde, donc je pense
qu'on a un gros problème de société,
mondiale, qui dépasse nos frontières.
L'enquête sans homme prêt à coucher avec
une femme en dormie, elle est terriblement
terminée, Hugo Menier, Chloé Giraud et toute une équipe.
Elle ouvre le dernier micro-mag du
média urbania, qui a une antenne
France et donc une antenne Québec.
Merci Sego.

A poursuivre

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