Celles et ceux qui s’inventent des gens - La chronique de Juliette Arnaud

Celles et ceux qui s’inventent des gens - La chronique de Juliette Arnaud

La chronique de Juliette Arnaud • 08/02/2026 • 04:46

Références : Raye/ Where is my husband - Renaud/ Chanson pour Pierrot - Maxime Le Forestier/ Mon frère
La chronique de Juliette Arnaud dans La dernière du dimanche 8 février 2026 sur Radio Nova.
La dernière, le dimanche à 18h en direct sur Radio Nova et à tout moment en podcast et en vidéo.

Transcription

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Radio Nova.
La dernière.
Des histoires dans les luttes y en a, car les histoires, c'est la vie.
Et ceux qui vivent sans ceux qui luttent, bon, c'est un...
Comme le disait Victor Hugo, fit.
Juliette Arnaud !
Oui !
C'est pas marqué dans les livres.
C'est que nous peste y'a vie tout le temps.
Plus important à vivre.
Regarde !
Juliette Arnaud.
En avant les histoires.
Je ne laisserai jamais de vaisselle dans l'évier.
Ok.
Bah c'est une des promesses, on sait pas de moi.
C'est une des promesses sur les grandes affiches blanches qu'on a vu récemment dans le métro parisien.
Promesses signées friend.com.
Une promesse qui n'engage pas des masses puisque friend.com s'avant une IA sous forme de collier.
Et une IA, ça fait beaucoup de choses, mais ça fait plus la cuisine que la vaisselle.
Une IA proactive puisqu'elle est capable de capter tous les sons autour de la personne qui a le collier.
Les conversations, par exemple, de notre environnement et elle y réagit sans même qu'on les solliciter.
C'est un peu effrayant.
Et moi, j'ai entendu Avi Fishman, son créateur, dire dans une interview en fait, parler à cette IA,
c'est un peu comme parler à Dieu, c'est une entité omniprésente à laquelle on peut se fier sans craindre d'être jugé.
Et moi, quand j'ai entendu ça, je me suis dit, tiens, il y a un type qui vient d'inventer un ami imaginaire pour les adultes.
Parce que les enfants, ils font ça avec facilité, ils font ça couramment, ils le font pour surmenter la solitude ou une grande angoisse.
Et cette aptitude se disperse ensuite, parce que c'est pas très commode quand on est adulte, de dire oui, je suis en retard au boulot,
mais c'est la faute d'Emerick, mon ami imaginaire, et il a mangé mon passe-navigo.
Ça ne passe pas de ouf.
Pour autant, les grandes personnes s'inventent des gens.
Très récemment, la chanteuse anglaise Ray, caracole en tête de tous les hits, avec une chanson qui s'intitule Where Is My Husband ?
Où est mon mari ?
Alors on pourrait croire, comme ça, juste au titre, que c'est une femme qui sait pas si son mari est au bistro et que ses copains ont foutre ou à la bibliothèque.
Non, il n'est pas à la bibliothèque, c'est un bistro.
Donc dans la chanson, Ray, les premiers mots de la chanson, je vous les traduis en français, c'est « Où est mon mari bordel ? »
Pourquoi est-ce que ça lui prend autant de temps pour me trouver ?
Où est mon mari bordel en train de s'envoyer en l'air avec une autre ?
Et là, on comprend que le mari en question n'existe littéralement pas,
ce qui n'empêche pas la femme de s'agacer du temps qu'il lui faut à cet abruti pour lui la trouver.
Alors là, on a deux options, soit on se dit qu'elle est zanzin,
parce que les femmes sont folles, soit on se dit « Tiens, c'est marrant,
ce personnage qui fait vivre cet amoureux potentiel,
qui est là, quelque part, à tester sa patience à elle, on se bagnaudant. »
Et si on est sur cette seconde option, ce qui est mon cas, alors ça peut nous rappeler un autre adulte qui s'inventait une personne,
c'était en 1979, il s'appelait Renaud, à l'époque, il était jeune homme et il a écrit une chanson qui s'appelle « Chanson pour Pierrot ».
Et Pierrot, c'était un enfant qui était pas là.
Né dans sa tête, au fond de son cerveau.
À qui il faisait Renaud, il a un genre de prière païenne pour que l'enfant sorte de l'absence.
« Pierrot, mon gosse, mon frangin, mon poteau, mon copain, tu me tiens chaud. »
Et heureusement que dans cette chanson, il y a des moments où on brille,
notamment quand Renaud dit, il lui fait une promesse à cet enfant,
il lui dit « Le jour où tu te ramènes, j'arrête de boire, promis,
au moins toute une semaine, ça sera dur, mais tant pis. »
Parce que sinon, c'est déchirant d'entendre quelqu'un dire tout frontalement à un enfant imaginaire,
« Ne pas te voir, j'en crève, mais je te sens dans mon ventre. »
Peut-être que Renaud, il pouvait le faire, peut-être qu'il pouvait écrire ça et le chanter,
et il s'en sentait l'autorisation, parce qu'encore un peu plus tôt, en 1970,
il y a un autre chanteur-auteur de chanson, Maxime Leforestier, qui lui s'était inventé un frère.
Dans la chanson « Mon frère », le frère attendu, il n'est pas venu.
Alors le personnage, il raconte tout ce qu'il aurait fait,
tout ce qu'il aurait vécu avec lui, toute leur enfance, leur adolescence.
Il lui écrit, il lui dit « Toi, le frère que je n'ai jamais eu,
c'est-tu si tu avais vécu ce que nous aurions fait ensemble ».
Et il définit ça, il dit « On aurait été deux amis qui se ressemblent ».
Et cette fantasme agorila, tout le monde l'a caressé un jour ou l'autre.
Mais surtout, à la fin de la chanson, Maxime Leforestier dévoile la raison pour laquelle
on peut bien être adulte avec des factures et des chaussures taille 44,
et néanmoins s'inventer un ami imaginaire dans la chanson.
Écoutez-là, encore une fois, il s'adresse à ce frère pas venu.
Là, Maxime Leforestier, il chante presque plus, on dirait qu'il parle.
Il lui dit « Je t'ai dérangé, tu me pardonnes ».
Ici, quand tout vous abandonne, on se fabrique une famille.
Alors, pour mon épitaph, je propose que vous écriviez,
veuillez repasser ultérieurement, actuellement occupé,
à faire la fête avec tous ces potes imaginaires.
Julien Tarnot.
Merci, Julien.
Pour trouvant podcast, Julien Tarnot, PNLop.
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A poursuivre

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