Celles et ceux à qui on ne reconnaît pas le droit d’être des enfants - La chronique de Juliette Arnaud
Références : Boyz’n the hood- John Singleton / La dérobade- Jeanne Cordelier
La chronique de Juliette Arnaud dans La dernière du dimanche 2 novembre 2025 sur Radio Nova.
La dernière, le dimanche à 18h en direct sur Radio Nova et à tout moment en podcast et en vidéo.
La chronique de Juliette Arnaud dans La dernière du dimanche 2 novembre 2025 sur Radio Nova.
La dernière, le dimanche à 18h en direct sur Radio Nova et à tout moment en podcast et en vidéo.
Transcription
Elephant est de retour.
Après leurs inoubliables tubes Time for a Change, Catcher in the Rye ou encore Maryland,
découvrez Love, Earth, Repeat, le nouvel album du duo électropope français disponible dès le 3 avril.
Un disque sensible et puissant, où leurs pop mélodique élégante se teinte d'accent rock
et qui transforme les félures en refrain universelle.
Retrouvez toutes les dates de tournée et l'actualité d'Elephant sur leurs réseaux sociaux.
La dernière.
Puisqu'on parle de trajectoires de vie, il y en a une qui s'y intéresse beaucoup
autour de cette table, que ce soit dans les films, les séries, les livres.
C'est Juliette Arnault.
Et que nous fessiez à lire-te.
C'est pas marqué dans les livres.
C'est que nous fessiez à lire-te autant.
Le plus important à vivre.
Regarde !
Juliette Arnault.
En avant les histoires.
Vous savez quoi, j'ai pas mal pensé à Pierre Corneille ces derniers temps.
Oui, je sais pas.
Le dramaturge français fameux du 17ème.
Le gars qui a écrit entre autres Le Cid.
Mais si vous savez, au rage de l'espoir, au vieil sénémie,
neige dont on t'en vécu que pour cette infamine.
Dans cette pièce, dans Le Cid,
il faisait aussi entendre la voix d'une jeunesse,
celle du personnage qui s'appelle Rodrigue
et qui dit à un moment de la pièce,
je suis jeune, il est vrai,
mais aux hommes bien nés,
la valeur n'attend pas le nombre des années.
Parce qu'il y a un mbapé il y a quelques années,
il avait synthétisé cette phrase parfaitement,
en disant, mais moi tu me parles pas d'âge.
Il s'agit de pas s'emmêler les pinceaux,
un ou une môme, ça a de la valeur,
mais ça reste surtout quelqu'un qui n'est pas adulte.
Et vu qu'on a pas mal tendance à l'oublier,
le 20 novembre, c'est la journée internationale
des droits de l'enfance,
c'est-à-dire de la personne qui n'est pas majeure.
Les droits de l'enfant, comme par exemple,
le droit à ne pas se prostituer.
Dans la préface du roman La dérobate,
écrit par Jeanne Cordelier en 1976,
il y a une préface donc,
écrite par une autre écrivaine que j'adore,
Benoît Grous,
et elle donne une statistique.
Elle dit, 49% des prostitués avaient moins de 17 ans
lorsqu'elles se sont prostituées pour la première fois,
enfin lorsqu'on les a prostituées pour la première fois.
Mineur, c'est le cas,
de l'héroïne de La dérobate,
et c'est son histoire,
c'est un roman autobiographique
que nous raconte Jeanne Cordelier,
et la raison Benoît Grous
dans la préface quand elle écrit,
Jeanne Cordelier et notre fille prodignent,
notre sœur chérie,
notre double rencontré un soir de demi-brume,
notre reflet qui nous fait mal.
Le proxénète de l'héroïne,
qui s'appelle Gérard,
qui est censé, je suis fatiguée,
qui est censé être son mec,
son amour,
lui annonce assez vite la couleur à l'héroïne,
il lui dit, moi j'ai besoin d'une femme,
une vraie, il y a de la mentale.
C'est bon, tout le monde a la traduction,
et elle encore, l'héroïne, elle est vieille,
avec ses 19 ans, oui,
parce qu'au début des années 70,
quand on a 19 ans, on est mineur.
Elle est vieille, avec ses 19 ans,
par rapport à sa pote France,
qui, elle, quand elle s'en a arrêté pour racollage,
craint d'abord et avant tout,
la prison est le juge pour enfants.
France dit la zone,
rapport aux quartiers dont elle est issue.
Il faut absolument relire ce livre La dérobate,
il n'a pas tant vieilli,
c'est tout extraordinaire,
et il me semble qu'il est clair ce chiffre actuel,
en ce moment, en France, à minima,
il y a 20 000 jeunes filles mineurs
qui se prostituent.
C'est une statistique également
qui ouvre le film Boys in the Hood
de John Singleton,
film de 1991.
La statistique et la suivante,
un noir américain sur 21 meurt assassiné.
Et le film commence avec un groupe de gamins
noirs américains,
dans le quartier pauvre et violent
de South Central, en 1984,
qui a agré les rubalises jaunes et noires
des scènes de crime comme des corps quotidiens.
C'est bien des mômes qu'on voit à l'écran
galopant derrière le camion de glace
et qui croient encore aux ogres.
Et puis deux de ces mômes,
pour des régions qui me déchirent l'âme,
je ne vous le dirais pas ici,
vous allez qu'à voir le film,
ils partent à l'épicerie
alors qu'ils n'ont pas un seul dollar en poche,
tandis que le héros,
lui, a la chance de partir
avec son papa à la mer.
Quand le père et le fils reviennent
de leur douze virées,
que le père est en train
d'apprendre un vieux titre saoul
à son fils tombe,
un titre qui fait
ce qui veut dire
mon petit, les choses vont aller de mieux en mieux,
bah les choses, elles vont pas aller de mieux en mieux
pour les deux petits qui sont restés dans le houdre.
On voit, à travers le pare-brise,
deux flics en uniforme
qui sont en train de conduire les deux gamins
à leur voiture noire et blanche.
Les deux mômes au bon fer,
un maître de moins que les adultes,
ils sont menottés dans le dos et embarqués.
C'est une image très dérangeante
parce que moi, spectatrice,
quand je revois le film,
j'ai encore en tête
les jeux et les joues de ces mineurs.
Et eux, ils sont victimes d'un truc
qui fonctionne encore très bien de nos jours.
Ça s'appelle l'adultification raciale,
c'est-à-dire des enfants traités comme des adultes
en argant d'une dangereusité potentielle.
Je peux pas m'empêcher de penser
que je mérite d'avoir commé Pitaf.
Elle était blanche,
elle avait volé des malabars impunément,
elle avait plus peur de sa mère que de la police,
elle avait raison.
Juliette Arnaud.
Merci Juliette.
Merci de nous retrouver
toutes les chroniques en podcast,
comme toutes les chroniques de l'émission.
Après leurs inoubliables tubes Time for a Change, Catcher in the Rye ou encore Maryland,
découvrez Love, Earth, Repeat, le nouvel album du duo électropope français disponible dès le 3 avril.
Un disque sensible et puissant, où leurs pop mélodique élégante se teinte d'accent rock
et qui transforme les félures en refrain universelle.
Retrouvez toutes les dates de tournée et l'actualité d'Elephant sur leurs réseaux sociaux.
La dernière.
Puisqu'on parle de trajectoires de vie, il y en a une qui s'y intéresse beaucoup
autour de cette table, que ce soit dans les films, les séries, les livres.
C'est Juliette Arnault.
Et que nous fessiez à lire-te.
C'est pas marqué dans les livres.
C'est que nous fessiez à lire-te autant.
Le plus important à vivre.
Regarde !
Juliette Arnault.
En avant les histoires.
Vous savez quoi, j'ai pas mal pensé à Pierre Corneille ces derniers temps.
Oui, je sais pas.
Le dramaturge français fameux du 17ème.
Le gars qui a écrit entre autres Le Cid.
Mais si vous savez, au rage de l'espoir, au vieil sénémie,
neige dont on t'en vécu que pour cette infamine.
Dans cette pièce, dans Le Cid,
il faisait aussi entendre la voix d'une jeunesse,
celle du personnage qui s'appelle Rodrigue
et qui dit à un moment de la pièce,
je suis jeune, il est vrai,
mais aux hommes bien nés,
la valeur n'attend pas le nombre des années.
Parce qu'il y a un mbapé il y a quelques années,
il avait synthétisé cette phrase parfaitement,
en disant, mais moi tu me parles pas d'âge.
Il s'agit de pas s'emmêler les pinceaux,
un ou une môme, ça a de la valeur,
mais ça reste surtout quelqu'un qui n'est pas adulte.
Et vu qu'on a pas mal tendance à l'oublier,
le 20 novembre, c'est la journée internationale
des droits de l'enfance,
c'est-à-dire de la personne qui n'est pas majeure.
Les droits de l'enfant, comme par exemple,
le droit à ne pas se prostituer.
Dans la préface du roman La dérobate,
écrit par Jeanne Cordelier en 1976,
il y a une préface donc,
écrite par une autre écrivaine que j'adore,
Benoît Grous,
et elle donne une statistique.
Elle dit, 49% des prostitués avaient moins de 17 ans
lorsqu'elles se sont prostituées pour la première fois,
enfin lorsqu'on les a prostituées pour la première fois.
Mineur, c'est le cas,
de l'héroïne de La dérobate,
et c'est son histoire,
c'est un roman autobiographique
que nous raconte Jeanne Cordelier,
et la raison Benoît Grous
dans la préface quand elle écrit,
Jeanne Cordelier et notre fille prodignent,
notre sœur chérie,
notre double rencontré un soir de demi-brume,
notre reflet qui nous fait mal.
Le proxénète de l'héroïne,
qui s'appelle Gérard,
qui est censé, je suis fatiguée,
qui est censé être son mec,
son amour,
lui annonce assez vite la couleur à l'héroïne,
il lui dit, moi j'ai besoin d'une femme,
une vraie, il y a de la mentale.
C'est bon, tout le monde a la traduction,
et elle encore, l'héroïne, elle est vieille,
avec ses 19 ans, oui,
parce qu'au début des années 70,
quand on a 19 ans, on est mineur.
Elle est vieille, avec ses 19 ans,
par rapport à sa pote France,
qui, elle, quand elle s'en a arrêté pour racollage,
craint d'abord et avant tout,
la prison est le juge pour enfants.
France dit la zone,
rapport aux quartiers dont elle est issue.
Il faut absolument relire ce livre La dérobate,
il n'a pas tant vieilli,
c'est tout extraordinaire,
et il me semble qu'il est clair ce chiffre actuel,
en ce moment, en France, à minima,
il y a 20 000 jeunes filles mineurs
qui se prostituent.
C'est une statistique également
qui ouvre le film Boys in the Hood
de John Singleton,
film de 1991.
La statistique et la suivante,
un noir américain sur 21 meurt assassiné.
Et le film commence avec un groupe de gamins
noirs américains,
dans le quartier pauvre et violent
de South Central, en 1984,
qui a agré les rubalises jaunes et noires
des scènes de crime comme des corps quotidiens.
C'est bien des mômes qu'on voit à l'écran
galopant derrière le camion de glace
et qui croient encore aux ogres.
Et puis deux de ces mômes,
pour des régions qui me déchirent l'âme,
je ne vous le dirais pas ici,
vous allez qu'à voir le film,
ils partent à l'épicerie
alors qu'ils n'ont pas un seul dollar en poche,
tandis que le héros,
lui, a la chance de partir
avec son papa à la mer.
Quand le père et le fils reviennent
de leur douze virées,
que le père est en train
d'apprendre un vieux titre saoul
à son fils tombe,
un titre qui fait
ce qui veut dire
mon petit, les choses vont aller de mieux en mieux,
bah les choses, elles vont pas aller de mieux en mieux
pour les deux petits qui sont restés dans le houdre.
On voit, à travers le pare-brise,
deux flics en uniforme
qui sont en train de conduire les deux gamins
à leur voiture noire et blanche.
Les deux mômes au bon fer,
un maître de moins que les adultes,
ils sont menottés dans le dos et embarqués.
C'est une image très dérangeante
parce que moi, spectatrice,
quand je revois le film,
j'ai encore en tête
les jeux et les joues de ces mineurs.
Et eux, ils sont victimes d'un truc
qui fonctionne encore très bien de nos jours.
Ça s'appelle l'adultification raciale,
c'est-à-dire des enfants traités comme des adultes
en argant d'une dangereusité potentielle.
Je peux pas m'empêcher de penser
que je mérite d'avoir commé Pitaf.
Elle était blanche,
elle avait volé des malabars impunément,
elle avait plus peur de sa mère que de la police,
elle avait raison.
Juliette Arnaud.
Merci Juliette.
Merci de nous retrouver
toutes les chroniques en podcast,
comme toutes les chroniques de l'émission.
