Deux Suédois pour un album trop méconnu, qui pourtant, il y a 20 ans, faisait vraiment l’événement. Un frère et une sœur de Stockholm, ils s’appellent Karin et Olof Dreijer, iel est à la voix et lui à la prod. Tous deux, ce sont The Knife (traduisez « le couteau »).
Leur album, Silent Shout, sortait le 17 février 2006 ; il y a donc presque pile 20 ans. C’est un disque à leur image : une pop un peu mutante, pas genrée, dark, ciselée, radicale, politique, poétique. Pour vous donner une idée, trois ans plus tôt, quand ils sont récompensés aux Grammys suédois, The Knife envoient à leur place des représentantes masquées du collectif féministe Guerrilla Girls pour récupérer le prix.
L’album est fait de cette voix distordue, ni homme ni femme, presque pas humain, qui raconte une jeunesse impuissante et étouffée par la crise, l’injustice, l’immoralité. On y parle de télé allumée, de campagne catho conservatrice, du calme de la nature, ses fruits, ses limites… La possible apocalypse aussi.
The Knife aborde aussi les questions de genres, les idées féministes, des histoires de personnages comme dans « Neverland », où une travailleuse du sexe raconte une soirée. Ou bien ce « Captain » qui parle de guerre, de tendre l’autre joue pour gagner.
Silent Shout remportera 6 Grammys suédois et sera sacré meilleur album de l’année 2006 par Pitchfork. Il donne aussi à ce moment-là une autre image de la pop scandinave qui, jusqu’ici, était un peu lisse, très lumineuse, toujours assez éclatante. Avec cet album plutôt complexe, mais qui plaît quand même au mainstream, on montre que cette pop scandinave peut aussi être froide, politique, queer et dérangeante.
